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Comment écrire des histoires avec Twitter ?

Cet article est le premier d’une série que je consacrerai à la manière dont les écrivains/scénaristes peuvent utiliser les réseaux sociaux pour raconter des histoires.


On ne présente plus Twitter : le réseau social de microblogging a déjà fait le tour du monde. Grâce à ses messages courts (140 caractères au départ, désormais 280) et à la viralité du retweet – à savoir reposter le message d’un autre utilisateur pour le diffuser à ses propres abonnés, cette plateforme est l’outil idéal pour qui veut qu’une information se répande plus vite qu’une traînée de poudre. Pas étonnant que les artistes et les politiques s’en soient très vite emparés, au point même qu’à présent les célébrités préfèrent diffuser un tweet qu’un communiqué de presse.

Mais Twitter peut aussi être utilisé à des fins plus créatives, et de nombreux artistes ont réussi à détourner ses fonctions premières pour nous plonger dans des univers de fiction. Voici un aperçu de trois manières dont vous pouvez vous servir de Twitter pour écrire des histoires potentiellement virales.

1/ la micro-nouvelle

280 caractères, c’est peu. Pourtant de nombreux écrivains sont adeptes des contraintes les plus folles : en imposant des règles strictes, elles permettent souvent de davantage se creuser la tête et de débrider l’imagination. D’ailleurs cette présentation fait pile 280 caractères.

Mais se limiter à 280 caractères pour raconter, cela signifie qu’il faut faire tenir en moins de 300 signes une exposition, puis une présentation, même sommaire (et souvent implicite), du personnage, un élément perturbateur et une résolution. Ça semble fou, dit comme ça, mais certains sont passés maîtres dans l’art de la short short story. En voici quelques exemples :

2/ le thread

Twitter permet de lier les messages les uns aux autres sous la forme d’un fil chronologique : c’est ce qu’on appelle le thread (« fil » en anglais). Cette fonction permet, d’une manière simple et naturelle, de contourner la sacro-sainte règle des 280 caractères afin d’offrir des récits plus longs.

Ainsi, ce mode de publication est souvent utilisé pour faire des « rant » – des coups de gueule sur tel ou tel sujet, mais aussi pour témoigner sur des situations vécues en direct : un utilisateur, qui se retrouve dans une situation rocambolesque mais bien réelle, se met alors à raconter à la Terre entière ce qui est en train de lui arriver.

Des écrivains se sont bien sûr inspirés de la méthode pour proposer des threads complètement fictionnels, mais hautement addictifs, sous la forme de témoignages vécus en direct par des personnages fictifs. Cette forme se prête très bien aux histoires à suspense, car elle permet de jouer sur la chronologie des posts et de faire « respirer » le récit en alternant tweets courts et tweets longs. On peut également jouer sur les silences du personnage, qui au moment où il s’apprête à affronter un grand danger cesse subitement de poster.

Un bon exemple de thread narratif est le célèbre Troisième droite de François Descraques, qui narre les aventures d’un nouveau locataire dans un immeuble très étrange. Ce thread est d’ailleurs devenu un roman, publié aux éditions Flammarion.

J’ajoute que le thread est un moyen très amusant de raconter une histoire en brouillant les frontières entre réalité et fiction. D’ailleurs, certains auteurs usent et abusent de cette ficelle pour instiller le doute dans l’esprit de leurs lecteurs.

3/ le thread dont vous êtes le héros

Un thread, c’est bien. Mais un thread qui, sur le modèle des Livres dont vous êtes le héros de notre enfance, proposerait aux lecteurs de choisir eux-mêmes la suite de l’aventure, c’est encore mieux.

Le thread dont vous êtes le héros est en quelque sorte une imbrication de tweets et de liens : à la fin de chaque tweet ou de chaque thread, un ou plusieurs liens indiquent les différents choix possibles. Par exemple :

Vous arrivez face à un pont en bois suspendu au-dessus d’un précipice. Celui-ci semble vermoulu et craque de façon menaçante.

Allez-vous cherchez un autre chemin ? Rendez-vous ici. [lien n°1]

Ou bien ferez-vous preuve de témérité (ou d’inconscience) ? Dans ce cas, engagez-vous sur le pont et rendez-vous là. [lien n°2]

Ce mode de narration demande un peu plus de préparation. D’ailleurs il est impossible de le publier en direct, pour des raisons techniques très simples : ce n’est pas vous qui choisissez l’URL de vos tweets, mais Twitter qui vous l’impose au moment où vous postez. Or, vous avez besoin de l’URL de chaque début de thread pour l’intégrer dans l’imbrication.

Le plus simple est donc de rédiger la fiction dans un éditeur de texte classique, sous forme de paragraphes, et d’indiquer les liens vers les différents paragraphes sous forme de numéros. Une fois que vous avez rédigé l’entièreté de l’aventure, vous allez pouvoir poster le début de chaque thread et en noter l’URL, de cette manière.

Ensuite, vous cliquerez sur chaque lien dans l’ordre d’apparition et vous complèterez tous les threads, les uns après les autres du début à la fin. Vous devrez être minutieux, car la moindre erreur peut compromettre la stabilité de l’imbrication : rien de pire qu’un lien cassé ou erroné dans ce genre de narration. Mais logiquement, vous devriez retomber sur vos pattes à la fin si vous suivez ces instructions.

Je m’étais moi-même amusé à la rédaction d’un tel thread dont vous êtes le héros. Vous pouvez le tester juste ici :

En conclusion

Bien sûr, cette petite liste n’a rien d’exhaustif : elle détaille simplement trois manières de raconter des histoires grâce à Twitter. Et j’espère bien en découvrir d’autres, à mesure que les auteurs s’empareront du réseau social et tordront ses contraintes pour faire naître de belles et innovantes narrations, interactives ou non.

Si vous voyez passer d’autres formes de fiction Twitter qui ne correspondent pas à ces modèles, n’hésitez pas à me les signaler ! Je me ferai un plaisir de les intégrer à cet article.

Julien Simon

En tant qu'éditeur, je me passionne pour les mutations du livre et de la fiction à l'heure d'internet et de l'intelligence artificielle. Conscient de l'impact des nouvelles technologies sur un objet qui n'avait pas connu d'évolution notable depuis Gutenberg, je travaille dans le domaine des publications numériques et du design éditorial depuis presque dix ans, avec des éditeurs mais aussi pour mes propres projets. EpubNerd est un espace de réflexion et de prospective.

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